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Ce que la nature nous réserve

By Maya GHANDOUR HERT                                 23/07/2010

Faces. 100 x 100 cm, acrylique sur toil, 2010

 

CIMAISES

En pleine nature, Balsam Abo Zour se révolte contre la... nature humaine. Ses peintures à (très forte) tendance fantastique sont exposées à la galerie Agial*.

 

  

Il est parfois vain de parler d'une œuvre picturale. Les acryliques de Balsam Abo Zour font partie de cette catégorie-là. Ayant développé un langage pictural bien à elle, le vocabulaire du spectateur ne saurait, sans approximations, l'expliquer. Et puis expliquer quoi ? La peinture ne doit laisser qu'émotion, sentiment, vibration, disent certains. Selon cette vision, l'on est accordé (ou pas) sur la fréquence de résonance de l'œuvre d'art. Parfois donc, tenter de parler « peinture » ne mène à rien, sinon risquer de commettre quelques barbarismes ou sophismes à l'égard du projet initial du peintre. Face aux propos dithyrambiques des critiques, Picasso n'a-t-il pas confessé à ses amis peintres qu'il n'était « qu'un amuseur public qui avait compris son temps » et épuisé le mieux qu'il ait pu « l'imbécillité, la vanité, la cupidité de ses contemporains » ? Mais bon, Balsam n'est pas Picasso et l'auteur de ces lignes reste loin d'être un critique d'art affûté. Que voit-on alors dans la peinture de cette jeune artiste diplômée de l'UL, découverte et chaperonnée par Saleh Barakat, propriétaire de la galerie Agial ? 

 

Dans un style à la croisée des chemins entre le classique, la mythologie et la science-fiction (en rappelant, parfois, le foisonnement de l'art perse), l'artiste exprime un univers personnel, très personnel. Presque intime, en fait. Des personnages mi-humains mi-animaux flottent dans un monde de taches, de bulles minérales, de couleurs polarisées ou dans une atmosphère végétale ou aquatique. D'un pinceau violent, cru, abrasif, Abo Zour écrit à sa manière sa propre mythologie (peuplée d'épisodes traumatiques ?), qui éclate dans ces toiles aux couleurs crayonneuses. Formes humaines, animales, végétales et autres dans un milieu sauvage qui fait penser au continent africain, origine de l'humanité. C'est d'ailleurs cette humanité là qui semble être dans le collimateur de l'artiste. Et, plus particulièrement, ces sociétés ensevelies sous les résidus de sa consommation frénétique de sexe. Voilà. Le mot est lâché. Car les symboliques sexuelles pullulent sur les toiles de Abo Zour. Dans cet imaginaire luxuriant, dans cet univers inquiétant règnent la perversion, l'érotisme et la violence. Des femmes nues s'étendent sur la verdure. Titre de la toile, Jardin des plaisirs. Des femmes nues éclaboussées de taches sanguinolentes s'entassent dans un énorme chaudron sur lequel se pavane une dinde. Ironie du titre, Thanksgiving. On l'aura compris, Balsam Abo Zour s'acharne à développer toutes sortes de mises en scène absolument terrifiantes. L'on dirait qu'elle cherche à décrire les profondeurs de l'âme humaine et elle n'hésite pas à illustrer la part négative et perverse des désirs humains. Dans ses fresques narratives luxuriantes, elle dessine des moments de vies ou de légendes, des portraits grotesques, des avatars picaresques et des figures anamorphiques. Lézards, poupées au regard creux et éteint, enfants ballottés, têtes de brebis, becs de perroquets, pieds de moutons, orchidées voraces...

Ces associations d'images fascinent parce qu'elles frappent d'émotions. En fait, il semble que, à l'instar des surréalistes, Balsam Abo Zour critique violemment le monde. Le thème de la nature lui permet de montrer sa vision des valeurs morales prévalentes dans la société urbaine, de décrire la noirceur de l'âme humaine et de toutes les contradictions qui l'animent. Cruauté, sadisme, fétichisme, perversion... 

La liste est longue et elle donne, au grand minimum, froid dans le dos.

 

* Jusqu'à demain, samedi 24 juillet. Rue Abdel Aziz, Hamra.

https://www.lorientlejour.com/article/665329/Ce_que_la_nature_nous_reserve.html

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